mardi 27 mai 2008

Madame Fatoumata Nènè Sy Bâ voulait défendre les intérêts de son pays

Gounerment Modibo Sidibé: Madame Fatoumata Nènè Sy Bâ voulait défendre les intérêts de son pays
27 May, 2008 02:29:00 Soir de bamako
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Recrudescence d’attaques rebelles dans le nord, cherté de la vie, grogne des travailleurs, grève des enseignants et menace d’années blanches dans les cycles d’enseignement, notre pays va mal et très mal.

Au regard des enjeux et des solutions préconisées, pour faire face à la situation qui échappe de plus en plus aux autorités du pays, l’histoire donne-t-elle déjà raison à l’ancienne ministre Mme Bâ Fatoumata Néné Sy qui avait justement mis le doigt sur les plaies de notre économie dont les mesures de sortie de crise dérangeaient bien de caciques du régime?

Le Vieux sage Amadou Hampaté Bâ disait : “Si tu sais que tu ne sais pas, alors tu sauras. Mais si tu ne sais pas que tu ne sais pas, alors tu ne sauras point”. C’est en ces termes que ce diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs, illustre écrivain et ethnologue malien, exprimait l’immense fracture qui existe entre ceux qui veulent savoir et ceux qui refusent de paraître incompétents.

Amadou Hampaté Bâ disait en 1960 à l’Unesco “En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle”. Mais qui a voulu brûler Mme Bâ Fatoumata Néné Sy en privant le Mali de son expertise et de ses relations internationales? Sa présence dérange, assurément ! Mais dérange-t-elle le père de famille, l’oncle, le frère, la mère, la soeur qui arrivent sans le sous, à la fin du mois, car le Mali n’arrive pas à s’en sortir?

Où vont les millions de Francs FCFA qui seraient économisés grâce à la réforme du secteur des hydrocarbures... qu’elle a très bien analysé, juste avant de proposer les solutions qui ont grandement dérangé certains?

Où sont passés tous les projets de réforme qu’elle a préparés et s’est acharné à essayer de mettre en place, malgré la férocité de ceux qui défendraient leurs acquis personnels?

N’a-t-elle pas remis sur rails le dossier qui traînait depuis deux ans de la modernisation de l’aéroport de Sénou et la construction d’une nouvelle zone industrielle que les millions de Francs FCFA du pays et des partenaires techniques et financiers étaient gaspillés par un “soit disant Consultant” faisant façade?

N’a-t-elle pas voulu valoriser les ressources naturelles du Mali en rédynamisant l’industrie nationale du ciment, alors que les intermédiaires paniquaient à l’idée de perdre leurs juteuses commissions à l’importation du ciment étranger?

En détaxant le ciment, en taxant les produits nocifs pour la santé (cigarettes et alcool) n’allait-elle pas pouvoir augmenter le salaire du courageux travailleur malien en réduisant les gains des marchands de la mort?

Madame Bâ a mal pour ce pays qu’elle chérit !

Ce pays, le Mali, pour lequel elle a accepté de mettre fin à une carrière internationale réussie. Elle qui, durant des années, a appris à penser comme eux pour répandre en Afrique les bienfaits des projets de coopération et de développement qu’elle a, des nuits durant, appris à maîtriser... à rendre... comme ça se dit,... Performants.

Le choc des cultures... elle en a fait les frais ! Mais qui est le perdant? Est-ce le grand magnat des hydrocarbures, des importateurs de ciment ou de ceux qui font traîner les réformes?

Non évidement, car ces mêmes réformes seraient capables d’aider le peuple malien à se développer et générer d’immenses richesses, tant au pays qu’à ceux qui sauront les fructifier. Ceux qui s’accrochent aujourd’hui, car “ils refusent de savoir qu’ils ne savent pas”, entraînent consciemment le Mali sur la pente glissante des pays assassinés par leurs propres décideurs. Se voileraient-ils la face pour sembler faire bonne figure?

C’est un changement de culture : il faut arrêter de prendre des coups. Le savoir accumulé des experts qui pensent globalement et agissent selon les Bonnes Pratiques doit être repris par des africains résidants qui ont donné de leurs vies et de leurs nuits, des années durant, pour transmettre, à leurs pays, de nouvelles façons de faire. Des façons qui respectent les traditions populaires connues d’eux seuls !

C’est exactement ce qu’a voulu faire Mme Bâ. Dans le respect du Mali de Hampaté Bâ et de ceux qui défendront l’intérêt du Mali de façon soutenable. Mme Bâ a été victime des dysfonctionnements des structures qui n’ont pas été remises à l’ordre de la modernité.

Le maintien de cette sclérose sert l’intérêt de certaines minorités et non celui d’un pays en entier, déjà handicapé par des structures organisationnelles contre-productives, par une administration malade qu’elle a si bien connue, diagnostiqué, pour lesquels elle a proposé des plans de modernisation.

Alors oui, si le crime de Mme Bâ est de vouloir que le changement se produise plus vite et plus en profondeur pour soulager les peines du peuple malien, pourvu seulement que le savoir-faire moderne se fasse savoir en Afrique... par tous les moyens, même s’ils ne plaisent pas, alors peut-être a-t-elle pêché contre le péché?

Il faudrait pouvoir joindre, sans rivalité aucune, la tradition à la modernité. Permettre au savoir des africains expatriés à l’étranger et détenteurs de postes internationaux-clefs de s’ajouter aux traditions de ceux qui n’ont jamais quitté leurs terres. Alors deux valeurs ajoutées feront un Mali qui sera valeur d’exemple à l’Afrique entière.

Pour ce faire, il faut du changement, de la rigueur. Fixer des objectifs. Ne pas avoir peur d’annoncer le changement aux maliens, avec la transparence nécessaire pour annoncer les résultats d’un effort que le Mali serait à même de générer, à tous les niveaux de ses institutions, qu’elles soient politique, économique, commerciale, ou culturelle.

C’est exactement ce qu’aurait fait Mme Bâ ! Lui a-t-on laissé le temps? Non évidemment ! Certains n’auraient pas pris de risques, il fallait qu’elle n’y soit plus... le plus vite possible. Ceux là “savaient qu’ils ne savaient pas” ce qu’elle était capable de faire.

Amadou TRAORÉ

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