lundi 28 avril 2008

Sans-papiers, une vie « la peur au ventre »

Sans-papiers, une vie « la peur au ventre »
Sans-papiers, une vie « la peur au ventre »
28 April, 2008 06:46:00 Ouest-France
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image Leur dossier est actuellement étudié en préfecture en vue d'une éventuelle régularisation. En attendant, les travailleurs sans-papiers restent mobilisés à la Bourse du travail à Villejuif. : Claude Stefan

Leurs dossiers sont étudiés en vue d'une régularisation. En attendant, les travailleurs sans-papiers restent mobilisés. Nous avons rencontré quelques-uns d'entre eux.
Ils travaillent dans la propreté, le bâtiment, la restauration. Et vivent tous dans l'angoisse d'être expulsés. Rue Maxime-Gorki, à Villejuif, rassemblés devant la Bourse du travail dans l'espoir d'une hypothétique régularisation, ils sont des dizaines à avoir suivi un itinéraire semblable à celui de Diomassi, arrivé en France en 2001. « Pourquoi vous ne donnez pas la carte ? » Parti de son Mali natal, il est passé par la Mauritanie, le Maroc. Puis il a pris une « pirogue » qui l'a amené en Espagne d'où il a gagné Paris. Au début, il a travaillé comme plongeur dans un restaurant du très chic VIIIe arrondissement. Au patron, il a donné des faux papiers achetés 2 000 francs (300 euros) à un Blanc rencontré dans un bar. « Mais au bout de trois ans, il s'en est aperçu et m'a mis dehors », raconte le grand gaillard, âgé de 33 ans. Se faire refaire une autre « fausse carte » n'a pas été très difficile. Diomassi a alors loué ses bras à des agences d'intérim, est devenu maçon. Depuis cinq ans, il enchaîne les nouvelles places, toujours sur des gros chantiers. Jusqu'à la semaine dernière, il travaillait à la construction d'un commissariat de police, en banlieue. L'ironie de la situation lui tire un sourire. Pourtant, depuis que son employeur a découvert le pot aux roses, le voici sans ressources. La clandestinité est une épreuve quotidienne. « On vit avec la peur dans le ventre », raconte-il. Quand il croise un uniforme de policier dans la rue, il change de trottoir. Il évite de prendre le métro pour ne pas risquer un contrôle comme celui qui lui a flanqué une énorme frousse, « le 9 mai 2003, à la gare du Nord. J'ai été arrêté, menotté. Les flics ont vu que j'avais une fausse carte. Ils l'ont prise mais, au bout d'une heure, ils m'ont relâché ». Diomassi partage un appartement avec deux autres Maliens. Rêve de posséder son logement personnel. Et ne comprend pas la nouvelle politique à l'encontre des sans- papiers. « Vous avez besoin de maçons en France. Pourquoi vous ne donnez pas la carte ? » « Tout comme un Français, à part le permis de travail » Mamadou, la petite trentaine, sort son portefeuille et montre ses cartes de sécurité sociale, d'assurance-maladie... « J'habite une HLM, je touche l'allocation logement. Je paye la taxe d'habitation, l'impôt sur le revenu, la redevance télé. J'ai un compte en banque, une carte de crédit, une assurance-habitation. J'ai tout comme un Français, à part le permis de travail. » Arrivé de Bamako en 1999, Mamadou est salarié depuis bientôt huit ans dans la même entreprise de propreté. Il fait partie de ces invisibles qui, le soir ou tôt le matin, nettoient les bureaux et les magasins, shampouinent les moquettes, vident les corbeilles. Son ambition suprême : « Devenir citoyen français, pouvoir me marier... » Autour, un attroupement s'est formé pour écouter la conversation. Se marier ? Les visages s'éclairent. La plupart de ces hommes vivent sans femme, soit parce qu'ils sont célibataires, soit parce qu'ils l'ont laissée au pays. C'est le cas de Mahamadou, 45 ans, employé du nettoyage par intérim. Il est en France depuis dix-huit ans et n'est retourné qu'une seule fois au Mali où il a une femme et deux enfants. « C'est une existence très dure. Nous, on veut juste une meilleure vie. Mais la France ne nous aime pas. » Marc MAHUZIER.

Source: Ouest-France

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