lundi 31 mars 2008

"Ma vie de soldat" : Quand le tortionnaire de Moussa Traoré témoigne des horreurs du régime militaro-fasciste

Editorial
"Ma vie de soldat" : Quand le tortionnaire de Moussa Traoré témoigne des horreurs du régime militaro-fasciste
L'Indépendant, 31/03/2008 Commentaires [ 8 ] E-mail Imprimer

Cruelle ironie de l’histoire. C’est au moment où le peuple malien, pour la dix-septième fois consécutive, sacrifie au rituel du devoir de mémoire instauré depuis l’effondrement de la dictature militaro-fasciste du Général Moussa Traoré et compagnie, le 26 mars 1991, qu’un des hommes-clé de ce système d’arbitraire, de violence sous toutes ses formes, d’injustice, de pauvritude (j’emprunte le mot à mon défunt ami Thierno Ahmed Thiam) généralisée, en l’occurrence le capitaine Soungalo Samaké, choisit de verser une pièce capitale et accablante au dossier. Cette pièce, c’est son livre «Ma vie de soldat» édité par la Librairie Traoré, dont le promoteur, Amadou Djicoroni Traoré, haute figure de la Première République malienne (1960-1968) qu’il a servie avec loyauté et dévouement, est pourtant l’une des victimes célèbres de l’auteur.

Car, pour ceux qui ne le connaissent pas, le capitaine Soungalo Samaké était l’exécuteur des basses œuvres du régime, durant ses dix premières années (1968-1978). Epoque où le soit-disant «comité militaire de libération nationale» («liquidation nationale» était plus conforme à la réalité) après avoir dissout la Constitution, le parti unique de fait, l’US-RDA et interdit d’activité tous ses dirigeants et membres pendant dix ans, a installé une dictature de fer. Tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec le nouveau système ou soupçonnés seulement de ne pas l’être, étaient arrêtés («enlevés» serait plus juste) emprisonnés, torturés souvent jusqu’à ce que mort s’en suive.



Le capitaine Soungalo Samaké était le préposé à tous ces actes criminels.Issu d’un milieu très pauvre, sans instruction, initié dès l’adolescence aux détournements de biens et au péculat, Soungalo Samaké sera transformé par l’armée coloniale française en bête à tuer les nationalistes marocains et algériens qui se battaient pour l’indépendance de leur pays, avant d’intégrer l’armée malienne à sa création à partir de janvier 1961.



Formé pour obéir aux ordres du supérieur, l’Adjudant-chef qu’il était alors participera, revolver au poing, à l’arrestation du Président Modibo Kéïta et de certains de ses ministres tôt dans la matinée du 19 novembre 1968. Promu plus tard commandant du Camp des parachutistes de Bamako, c’est Soungalo qui lui forgera la sinistre réputation de haut-lieu de la torture et de la mort au Mali.



Ici mourra entre ses mains le jeune étudiant Tangara, expulsé de Dakar. On l’avait forcé de courir alors qu’il était cardiaque. Ici s’éteindra aussi le premier président du Mali, Modibo Kéïta, après neuf ans de détention entre diverses geôles sans jugement.



Les circonstances décrites par Soungalo donnent à penser qu’il s’est agi d’un empoisonnement, même si le mot ne ressort nulle part. Entre ces deux assassinats, accidentels ou organisés, le camp para de Djicoroni aura vu défiler les responsables de l’UNTM qui avaient réclamé, dès 1970, «la tenue d’élections libres et démocratiques et le retour de l’armée dans les casernes», des patriotes et démocrates comme Victor Sy, Bakary Konimba Traoré, Kary Dembélé. Tous ont été battus, soumis aux supplices physiques ou moraux et n’ont dû la vie sauve qu’à leur bonne étoile.



D’autres, comme Gouro Traoré de Darsalam et Yaya Maïga de Koulikoro n’ont pas été internés aux Camp para, mais n’ont pas moins subi les sévices et les exactions de Soungalo Samaké et de ses hommes. Nuitamment enlevés, toujours selon la méthode Soungalo - un revolver sur la tempe et ces mots, auxquels même son épouse enceinte n’a pas échappé : «tu fais un écart et je te tue» - ces deux hommes, dont le seul crime avait été de déclarer qu’ils doutaient de la capacité des militaires à construire le Mali, ont été insultés, battus, humiliés, menacés de mort.



Au-delà de ces horreurs rapportées par l’auteur, qui témoignent de tout le mal que l’on pensait de la dictature militaro-fasciste, l’intérêt du livre se trouve dans les détails fournis sur les rivalités de personnes, les conflits d’intérêts et les querelles de leadership. Lesquels vont se traduire par des purges épisodiques au sein du «comité militaire de liquidation nationale», qui culmineront à la grande lessive du 28 février 1978. Tous les prétendus hommes forts du régime militaire passent à la trappe : le colonel Kissima Doucara, ministre de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité, le colonel Tiécoro Bagayoko, Directeur Général des Services de Sécurité, le Colonel Karim Dembélé, ministre des Travaux publics et des transports, le colonel Charles Samba Cissoko, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.



La chute de ces hommes, qui exerçaient un contrôle sans partage sur les forces armées et de sécurité à cause des moyens financiers considérables qu’ils détenaient, entraînera celle de la quasi-totalité de la hiérarchie militaire dont Soungalo Samaké lui-même. Qui jouait un double jeu entre eux et Moussa Traoré, alors chef d’Etat sans réel pouvoir.

Jugé et condamné à dix ans de travaux forcés, l’ancien patron du camp para purgera sa peine au pénitencier de Taoudéni, fermé après le 26 mars 1991. Il aura eu le temps d’y voir succomber, dans des conditions atroces, ses commanditaires Kissima Doucara et surtout Tiécoro Bagayoko.



Si la motivation principale de Soungalo Samaké, en publiant cet ouvrage au moment où il entame sa soixante quatorzième année, est d’atténuer sa responsabilité dans les exactions et les souffrances infligées aux Maliens durant dix ans, voire d’essayer de démontrer que s’il n’avait pas été là, le nombre de suppliciés et de morts serait plus important, c’est peine perdue. Il restera, pour les générations qui l’ont connu et pour l’histoire, le plus funeste tortionnaire que le Mali ait enfanté à ce jour. Et il mérite d’autant moins notre indulgence qu’il n’a rien perdu de son arrogance. Lisez plutôt ceci :

- «On me dit : «On dit que vous avez tué Modibo»



- Oui, je l’ai égorgé et suis prêt à en répondre devant n’importe quelle instance.

- Ils m’ont dit (NDLR : des journalistes) de parler de Moussa Traoré

- Parler de Moussa Traoré, c’est parler de moi-même».

L’ouvrage mérite quand même d’être lu. Pour savoir ou se rappeler ce que fut le régime Moussa Traoré. Pour que plus jamais, cela ne se reproduise au Mali.

Saouti Labass HAIDARA


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Vos commentaires
Posté par zaki, le 31 Mar 2008 23:23:21 GMT
Excellent article mais l'auteur est passionné d'autant plus qu'il est un
parent très proche de la deuxième épouse de Modibo Keïta (paix à leur
âme).
Répondre à < zaki >
Posté par petitbleu, le 31 Mar 2008 19:13:30 GMT
Et pourtant, je crois qu'il faut bien lire ce que dit Sounkalo dans son
livre. Il ouvre beaucop de pistes. Sur la mort de Modibo KEITA, il
établit clairement que le Dr Faran Samaké est en cause pour avoir été le
seul médécin traitant de l'ancien président.
Répondre à < petitbleu >
Posté par BLOKIS33, le 31 Mar 2008 18:02:23 GMT
Tu etais un sanguinaire, un homme mechant; et Dieu te le fera payer.
Répondre à < BLOKIS33 >
Posté par prof, le 31 Mar 2008 16:09:49 GMT
Bravo Saouti pour cet article
Répondre à < prof >
Posté par Nianamamine, le 31 Mar 2008 15:13:24 GMT
Chres compatriotes, ne remuez pas les baton dans une plaie ki commence a
peine a se cicatriser. Nous avons plus besoins mainteant de faire face a
la vie chere.....
Répondre à < Nianamamine >
Posté par Goudo, le 31 Mar 2008 12:18:15 GMT
Jamais Moussa ne va accepter cela,une chose est sur les vrais dictateurs
etaient Tiecoro c'est le pire des maliens,plus sangunaires que leur clic
tu va mourir a l'epoque Moussa etait sage .C'est apres que Moussa est
devenu a son tour un monstre a partir de 1978 ,car selon son entourage
la mere de son tombeur n'etait pas encore nee>C'est cette arogance qui a
foutu Moussa a l'air Qu 'Allah preserve le mali du mal
amen!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Répondre à < Goudo >
Posté par tadia001, le 31 Mar 2008 11:45:19 GMT
Ne faites pas dire les gens ce qu'ils n'ont pas fait. Tout le Mali sait
que Modibo a été empoisonné en 1978 par le régime sanguinaire de Moussa
TRAORE.
Répondre à < tadia001 >
Posté par azerty01, le 31 Mar 2008 11:25:24 GMT
qu'on organise un tete-a -tete entre soungalo samako et moussa traore on
saura la vérité de tous les massacres.merci
Répondre à < azerty01 >

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