mercredi 20 février 2008

L’Ecole malienne : à repenser.

Chroniques
L’Ecole malienne : à repenser
20/02/2008 Commentaires [ 18 ] E-mail Imprimer

Notre école est dans la tourmente depuis bientôt deux décennies.

Si rien n’est fait, c’est l’avenir même de la nation tout entière qui est menacé.

Ce n’est ni lieu ni le moment pour moi de revenir sur les maux qui rongent l’école malienne. Cependant s’il y a un sujet sur lequel les maliens de tous les bords peuvent s’accorder c’est bien, celui afférant à notre système éducatif.

Chacun de son coté, autorités, corporations syndicales et parents d’élèves, se complaisent à se faire bonne conscience en rendant l’autre responsable de la situation que nous vivons dans nos écoles. Ainsi le problème est chaque fois déplacé de son contexte et remis à plus tard et personne n’est responsable. Depuis 1991, tous les pouvoirs successifs nous égrènent la sempiternelle litanie : à savoir «moi j’ai fait mieux que tous mes prédécesseurs… »

Ainsi on connaît par cœur les réalisations exponentielles dans le domaine de l’éducation. Effectivement s’il s’agissait seulement de construire des milliers de salles de classes; s’il s’agissait seulement d’ouvrir des centaines d’établissements scolaires, s’il s’agissait seulement d’acquérir à coup de milliards du matériel didactique, s’il s’agissait seulement de recruter du personnel de tout bord et de tout niveau, notre école ne se serait pas encore trouvée dans cette tourmente qui, à mon humble avis, a atteint un seuil de non retour dans la crise.

Depuis quelques mois nous assistons impuissants, voire avec résignation et amertume, au dialogue de sourd entre les autorités en charge de l’éducation et les corporations syndicales. Même, hors du Mali, loin du quotidien, on ne peut qu’admettre l’évidence : notre école est à vau l’eau. Les revendications des uns et des autres, qui quelquefois, il faut le reconnaître, relèvent de la surenchère politique, ne sont hélas qu’une face cachée de l’Iceberg. Sans chercher à jeter l’opprobre sur qui que ce soit, sans crier haro sur le baudet, l’on ne peut s’empêcher de se questionner sur la responsabilité première de l’Etat dans la gestion de l’école malienne.

Pourrions-nous avoir un jour le courage et l’honnêteté historique de reconnaître qu’au pire moment du régime défunt UDPM, que nous avions combattu et que nous continuons à accuser de « tous les pêchés d’Israël », l’école n’a pas connu des moments d’égarements, d’incertitudes de manque de confiance en soi, que ce que nous vivons présentement dans nos écoles.

De 1991 à nos jours, l’école malienne est devenue un tremplin politique qui permet de gravir rapidement les galons dans la politique. La révolution de mars 1991 a ouvert la brèche et les politiciens s’en sont engouffrés à dessein sans penser qu’ils venaient par là même de participer à un acte qui allait changer le destin de notre école. Le reste est connu.

Le Premier Président élu de l’après 26 mars 1991, l’enseignant et le fils de l’enseignant n’a jamais pu redonner à l’école l’image d’une école studieuse où l’on apprend le savoir et l’amour de la chose publique, jusqu’à son départ de Koulouba. La situation actuelle de notre école n’est que l’accumulation de toutes les tares du passé : corruption, marchandage politique, absence d’autorités à tous les niveaux entre autres.

Un fait divers reporté dans le quotidien national du 18 février 2008 a enclenché en moi le déclic de la révolte face à ce qui se passe dans nos écoles : De quoi s’agit-il ? Un escroc qui soutire de l’argent à 72 étudiants de la Faculté des Sciences Juridique et Politique en leur promettant la réussite en classe supérieure, s’est fait arrêter par la police suite à une plainte collective des 72 étudiants. L’article ne dit mot sur la responsabilité des étudiants. Ce fait divers résume en lui seul, l’état des lieux de notre système éducatif. La gestion approximative basée sur les solutions au coup par coup a montré ses limites. Cette gestion hésitante et à vue a fini par étouffer les énergies et les quelques initiatives nées au lendemain du 26 mars 1991. Un système qui compromet la stabilité du pays si des mesures urgentes et drastiques ne sont pas prises.

Il est temps d’investir maintenant dans l’homme après avoir englouti pendant des années prés du quart du budget national dans les constructions et les équipements scolaires. Je crois en mon fort intérieur que nous devrions faire table rase sur notre système éducatif et repenser une nouvelle école publique patriotique basée sur la formation d’un nouvel homme malien qui mettra en exergue le sens du bien public dans son quotidien.

Il faut dans un premier temps et très rapidement initier des nouvelles mesures drastiques d’envergure pour sécuriser l’enceinte scolaire afin de permettre que l’école retrouve son image d’antan : un lieu du savoir et non un champ de bataille et de délinquance financière où tout semble être permis : prostitution, corruption, campagne politique et j’en passe.

En quoi faisant? En créant des brigades de surveillance de salut public dans toutes les écoles du fondamental au supérieur. Des brigades à l'image des surveillants de prisons jadis formés sur la base du noyau des fameux 800 élèves gendarmes radiés du corps de la gendarmerie pour indiscipline avérée. On se rappelle en son temps, feu Boubacar Sada Sy, Ministre des Forces Armées et des Anciens combattants d’alors, avait pris sur lui la décision certes difficile, mais hautement historique, courageuse de radier les élèves gendarmes pour le plus grand bien de nos forces armées.

Aujourd’hui plus que jamais où nous sommes à un tournant décisif pour la survie de l’école, nos autorités en charge de l’éducation se doivent de prendre des décisions courageuses pour le salut public dans nos écoles. En instituant des brigades de surveillance de salut public dans nos écoles, nous ferons œuvre utile et d'une pierre deux coups : combattre le chômage des jeunes par la création d’emplois et assurer une école apaisée.

Pour ce faire il faut mobiliser les ressources indispensables : le budget de la Présidence et/ou de la Primature par exemple peuvent réaffecter une partie de leurs ressources.

Le Ministère en charge de l’école et les collectivités décentralisées devraient aussi contribuer à la création et au fonctionnement de ces brigades de salut public.

Dans un second temps, pour la nouvelle école publique et patriotique que je souhaite de tous mes vœux, il faudrait créer un environnement législatif à la hauteur qui permettrait la participation active et directe du peuple à travers ses élus dans la gestion de la nouvelle école publique. En effet, il me semble indispensable de renforcer le pouvoir législatif si nous voulions que l’exécutif soit plus performant. L’assemblée Nationale doit avoir le pouvoir de voter par exemple la destitution d’un Ministre à l’incompétence avérée dans la gestion de son département sans passer par une motion de censure contre le chef du gouvernement. Notre environnement législatif y compris notre constitution ne permet pas d’enclencher des reformes de grande envergure.

C’est pourquoi il urge de revoir de fond en comble notre Constitution qui, malheureusement a été rédigée certes par nos grands spécialistes, mais dans une situation post 26 mars d’euphorie indescriptible. Témoin oculaire de la Conférence Nationale en tant réalisateur, je réconnais aujourd’hui avec le recul que la Constitution rédigée ne correspond plus à notre ère de grands questionnements où tout est à repenser. A commencer par notre système éducatif qui a atteint un point de non retour dans la crise qui compromet dangereusement le devenir du pays.

Serions-nous capable d’affronter la réalité et de remettre en cause ce qui n’a pas marché sans calcul politicien ? Serions-nous capable de repenser des institutions adaptées à notre réalité ?

La révolution de mars 1991, n’aura de portée historique que si nous acceptions, après une évaluation objective de la période post 26 mars, à travers une concertation nationale, d’engager de profondes et courageuses reformes.

Port-au Prince, le 19 février 2008
Yachim MAIGA


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Vos commentaires
18 réactions > 1 2
Posté par fatal, le 20 Feb 2008 12:33:58 GMT
Excellent article, Monsieur Yachim Maïga pourvu que le Président de la
République vous entende, ce qui m'étonnera! même si le Président de la
République nomme le plus saint des saints comme Ministre de l'éducation,
la pourriture du système est tel que l'on demandera aussi la démission
de ce dernier; je trouve que notre président constitutionnellement étant
à son dernier mandat doit prendre toutes ses responsabilité pour opérer
un traitement de choc; s'il n'est pas capable de le faire c'est le
Président de la République qui doit honnêtement rendre sa démission et
dans les quarante jours le Président de l'assemblée nationale assurera
l'interim et organisera des élections propres et crédibles.
Répondre à < fatal >
Posté par houlahg, le 20 Feb 2008 10:56:07 GMT
Diplomes vendus au grand marché,ages revu à la baisse pour permettre une
orientation,des eleves qui ne se rendent jamais à l'ecole mais sur de
passer parlons plus d'ecole Malienne
Répondre à < houlahg >
Posté par Songhoi, le 20 Feb 2008 10:44:56 GMT
Merci Maïga, le merite de ta contribution c'est qu'au moins tu fais des
propositions de solutions même si elles ne font pas l'unanimité.
D'ailleurs ce n'est pas l'objectif. Aux decideurs et a l'opinion
publique(elle n'existe pas) malienne de prendre le taureau par les
cornes. Irkoy mir faba (Que dieu nous aide)
Répondre à < Songhoi >
Posté par Nkomô, le 20 Feb 2008 10:22:05 GMT
Tout ça, c'est du déjà vu et du déjà entendu...Et les réactions, tandis
que certains cherche à faire croire qu'ils savent parler français,
d'autres répètent ce que le journaliste a déjà dit ! Encore de la
médiocrité, héritage de la colonisation ! ...L'origine de ce mal ne se
situe pas au 26 mars 1991, et sous GMT, il était bien là, croupi,
attendant son heure ! il y a eu trop de reformes, qu'est ce qui a
changé ? Doit on parler de l'école sans tenir compte de la langue de
l'apprenant ? "Vous voulez que l'école malienne soit "un lieu du savoir
et non un champ de bataille et de délinquance financière où tout semble
être permis : prostitution, corruption, campagne politique et j’en
passe." d'abord faisons la différence entre instruction et éducation,
ensuite ayons le courage d'admettre que sans cette dernière, rien ne
peut se construire. La solution c'est le NKO, d'abord acceptons le à
côté du français et de la DENAFLA, ensuite chacun verra la différence !
Répondre à < Nkomô >
Posté par yaaya, le 20 Feb 2008 10:17:52 GMT
Franchement j'ai jamais lu un article aussi patant, qui pale du Mali et
de ses maux! La veirité est claire, mais elle a tjrs la malchance de ne
pas tomber dans l'oreille de son destinateur. Notre ecole souffre et
cela sans doute une concequence negative sure sur l'avenir de la
nation. J'ai l'impression que ce grd probleme n'interesse PERSONNE au
Mali! C'est dommage qu'on en arrive la! Pourtant tous les maliens st
convains que la pauvrete au Mali atteint plus de 80% de la population,
dans ce contexte, dans un avenir proche 80% sinon plus des enfants
maliens n'iront pas a l'ecole(manque de moyens bien sur) puisque l'ecole
privée est reservée aux 20% de la population. Reveillez-nous ,
Regardons nous en face et faissons ensemble face à nos problemes
communs. Tout MALIEN a le DEVOIR de travailler pour un Mali meilleur.
Répondre à < yaaya >
Posté par petitbleu, le 20 Feb 2008 09:55:41 GMT
L'école dans tous les pays répond à des préoccupations concrètes. Au
Mali, quel est le type d'homme que l'école doit mouler? Quelle est la
part du budget de l'Etat alloué à l'école par rapport à d'autres
secteurs? Combien d'enseignants formés sortent-t-ils de nos écoles de
formation? Quel est le plan de carrière offert à un enseignant? Quelle
est l'école chargée de la formation des inspecteurs de l'enseignement,
ceux qu'on appelle aujourd'hui DCAP? Combien d'inspecteurs y a-t-il
pour le préscolaire, dans tout le Mali?Quelle est l'école chargée de la
formation des conseillers pédagogiques? Ce sont là des questions qui
devraient faire réfléchir les décideurs, plus que jamais.
Répondre à < petitbleu >
Posté par mamie, le 20 Feb 2008 08:30:15 GMT
A quand ses responsables integres et conscients ? mes l'espoir est
permis Que Dieu ait pitié de notre Maliba. amen
Répondre à < mamie >
Posté par moudoumbia, le 20 Feb 2008 08:00:19 GMT
Mr Maiga merci d'avoir pris comme exemple la decision prise par Mr
Boubacar Sada SY qui a eu le courage sur dicision propre de radier les
eleves gendarmes, dans notre Mali il nous faut des hommes qui osent. Mot
d'ordre: pas de travail, pas de salaire avec radiation, il ya beaucoup
qui attendent à la porte.
Répondre à < moudoumbia >
Posté par Ayou, le 20 Feb 2008 07:56:27 GMT
Le système éducatif de l'école malienne est degradée, à mon avis le
système doit etre revisé par le gouvernement et les responsables de
l'école pour adapter au réalité actuelle.L'école aujourd'hui est devenue
un lieu d'affaire ce qui compremet le systéme éducatif. Il est temps que
le gouvernement et les acteurs de l'école trouvent une solution pour ce
probléme que l'école malienne connait aujourd'hui Imaginer que
l'admission à une classe superieure est conditionnée à un deboursement
de l'argent. comment peut-on parler d'une école competitive aux autres
de la sous region voire continentale.Il faut instaurer des nouvelles
mesures et de sanction à l'encontre des auteurs de pertubation car c'est
toute une nation qui ruine si l'ecole connait un problème.Je lance un
appel au gouvernement et aux acteurs de l'école de chercher une solution
aux maux que l'école malienne connait à nos jour.
Répondre à < Ayou >
Posté par Lucie400, le 20 Feb 2008 07:55:19 GMT
Vraiment l'école malienne va trés mal, les élèves causent avec les prof
pour avoir des notes, les parents d'élèves paye de l'argens pour que
leur enfants passe. c'est dommage.
Répondre à < Lucie400 >


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