lundi 24 décembre 2007

Déclaration de politique générale : Le PM pourra-t-il éviter ‘‘l’exception’’ identitaire de l’opposition ?

Gestion Affaires Publiques
Déclaration de politique générale : Le PM pourra-t-il éviter ‘‘l’exception’’ identitaire de l’opposition ?
Aurore, 24/12/2007 E-mail Imprimer

Après un processus difficile d’accouchement, la Déclaration de Politique Générale du premier PM du second mandat d’ATT est finalement survenue. Le chef du Gouvernement a sacrifié à cette exigence constitutionnelle, vendredi, en présentant un document pouvant se prévaloir de l’exhaustivité, quant à la prise en compte des préoccupations nationales. Aussi les ambitieuses intentions de Modibo Sidibé auront-elles sans doute l’adhésion massive de la majorité présidentielle à l’AN, lors du vote qui interviendra, demain mardi, après les interventions des diverses entités parlementaires. Moins évident, par contre, les concessions de l’opposition, à laquelle le Premier Ministre a pourtant fait un appel du pied, dans le sens du consensus autour des intérêts nationaux.

En comparaison avec les éditions antérieures, la DPG de Modibo Sidibé s’est pour le moins singularisée par une rare attractivité. Tout le long de sa présentation, les élus de la Nation auront été particulièrement attentifs et concentrés, sans esquisser la moindre acclamation tel que le leur inspirent souvent les séquences éloquentes des allocutions du genre. Après les propos introductifs du Président de l’AN, Dioncounda Traoré, le nouveau Premier Ministre a manifestement tenu aux tripes l’hémicycle comblé de célébrités pour la circonstance. Outre les députés et un parterre d’acteurs politiques, on y dénombre l’intégralité (ou presque) des membres du Gouvernement, ainsi qu’une kyrielle de représentants du corps diplomatique et des forces armées et de sécurité. Cet auditoire de marque a été littéralement abreuvé d’intentions bienveillantes par le chef du Gouvernement, qui s’est engagé pour des actions titanesques pendant les cinq prochaines années.

- Les ambitions sans frontières du Premier ministre

En effet, comme il est tacitement indiqué dans le discours du PM, la DPG du Gouvernement Modibo Sidibé n’est ni plus ni moins une réincarnation du contrat passé entre le chef de l’État et les électeurs, lors de la dernière élection présidentielle. Sans être forcément une redite, le document est profondément inspiré du PDES et de la lettre de cadrage. Et comme eux il ambitionne d’embrasser la totalité des domaines dans lesquels s’expriment les attentes populaires les plus prioritaires. Dans le domaine de la gouvernance, Modibo Sidibé s’engage pour un renouveau de l’action publique qui passe par la compétitivité du secteur privé malien, une restauration de l’autorité d’État et un meilleur accès des usagers aux services de l’administration publique.

Pour ce faire, le PM compte sur un renforcement des ressources humaines de l’administration, une redynamisation des instruments d’appui à la décentralisation et la gouvernance locales, ainsi que sur un combat sans ménagement de la corruption dans ses multiples dimensions. C’est dans cette foulée que s’inscrit la nouvelle dynamique qu’il promet d’insuffler à l’arsenal juridique de la lutte anti-corruption, ainsi qu’aux instruments de contrôle et de gestion des ressources publiques. « Le temps est venu pour nous de rompre avec toutes ces pratiques et dérives que nous dénonçons tous… », a solennellement lancé Modibo Sidibé en invitant à un changement de comportement à tous les niveaux.

En dépit de chocs exogènes très coûteux pour l’État en terme de concessions, les intentions du PM ne sont pas moins ambitieuses dans le domaine socio-économique. La DPG ne recule d’un pouce devant les contraintes d’une croissance annuelle de 7% fixé par le CSLP, taux nécessaire pour résorber le chômage et atteindre un véritable décollage économique. Afin de mieux affronter ses défis et équations socio-économiques, le Gouvernement compte tirer parti au maximum des avantages agropastoraux du Mali. Un clin d’œil singulier est ainsi accordé au développement de l’agriculture et du secteur privé, à la réalisation d’infrastructure de base et à l’investissement dans les ressources humaines du secteur. En tout état de cause, ses ambitions dépassent largement celles de la sécurité alimentaire pour laquelle Modibo Sidibé envisage une production annuelle de 10 millions de tonnes de céréales pour 100 000 hectares aménagés et 90 000 exploitations pourvues de matériels et équipements agricoles. Autant de bonnes intentions en faveur de l’élevage et de la pêche pour lesquels le Gouvernement s’engage à mettre en œuvre une panoplie de programmes et projets sectoriels.

La révolution agropastorale ainsi préconisée sera confortée par des actions de désenclavement tout aussi ambitieuses, lesquelles seront traduite dans la réalisation 4 600 km de routes sur le quinquennat, sans compter la réhabilitation d’autres axes routiers.

Le secteur énergétique n’est pas en reste. Le déficit dans ce domaine sera comblé grâce à l’augmentation des capacités de production et à la diversification des sources d’énergie, au grand bénéfice de l’investissement industriel et du secteur privé. Au nombre des priorités de la DPG figure par ailleurs l’école et l’emploi des jeunes. Pour la première, Modibo Sidibé s’engage pour une politique assez vigoureuse pour atteindre 100% de scolarisation à l’horizon 2012, « faire de l’université un moteur d’innovation technique et technologique » et réussir une école apaisée, ente autres. Pour le second domaine, la politique nationale sera poursuivie et confortée par la création de 8000 emplois en 2008, sans comptant le soutien aux initiatives personnelles génératrices d’emplois pour les jeunes.

L’étendue des ambitions du nouveau n’est pas ainsi exhaustive. Elle embrasse bien d’autres attentes populaires en divers domaines comme la culture, le logement, le sport, l’accès à l’eau potable, la sécurité intérieures, etc.

- L’exception malienne face à affichage identitaire

Cette prétention de la DPG à l’exhaustivité sera-elle suffisante pour occasionner une unanimité autour de l’actuel chef du Gouvernement. Rien de moins évident. En effet, aux questions et interventions de la journée d’aujourd’hui suivra l’ultime délibération des parlementaires sur le document en question. Pour déblayer le terrain à un vote massif en sa faveur, le PM Sidibé, qui repose déjà sur la forte majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale, n’a point hésité à tendre une main fraternelle à l’ensemble des composantes politiques de l’hémicycle. Pour lui, la prospérité et l’épanouissement socio-économiques préconisés dans la DPG sont également tributaires d’une synergie des ressources, du dialogue d’un climat de tolérance et de respect de la différence.

Cet appel du pied s’adresse sans doute à la minorité politique du Parlement que le chef du gouvernement a apostrophée en ces termes : «je voudrais convier les uns et les autres à cultiver au plan politique, économique et social ce qu’il est convenu d’appeler ‘l’exception malienne’, exception qui nous a permis de contenir les crises dans notre pays, de ne jamais sacrifier l’essentiel, de gagner la stabilité et la pais sociale ». Et M Sidibé d’inviter à privilégier l’attachement commun au bien-être des concitoyens et l’amour profond de la partie au détriment des différences politiques. Seulement voilà : l’opposition malienne ne se trouve manifestement pas d’un cette logique où du moins ne l’est-elle pas au point de pouvoir satisfaire les attentes de son interlocuteur.

Sous la houlette de Ibrahim Boubacar Keïta, Hamidou Diabaté, Oumar Mariko et Konimba Sidibé, la minorité parlementaire a commencé à afficher ses incompatibilités avec le Gouvernement depuis le passage du Ministre des finances. Pour avoir auparavant sanctionné la Loi de Finances par un vote négatif qu’aucun autre argument ne justifie en dehors du simple affichage identitaire, l’opposition n’a aucune de raison de s’illustrer par une paradoxale adhésion à la Déclaration de Politique Générale.

A. Keïta

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