mercredi 28 novembre 2007

La guerre pour la paix: Deux figures emblématiques

Soir de Bamako
La guerre pour la paix: Deux figures emblématiques

Au préambule de la Charte de l’UNESCO, un passage chargé d’une pertinente signification saute aux yeux : “C’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres. C’est aussi dans leur esprit qu’il faut ériger les défenses de la Paix.“

Guerre et Paix

Parmi les figures emblématiques mondiales, deux hommes se sont rendus célèbres dans le cadre de deux concepts socio-politiques aussi contradictoires qu’indissociables : la guerre et la paix.

Deux hommes qui ont tous lutté pour la paix, et dont les profondes convictions ont révélé à la notoriété publique, voire internationale. Tandis que le premier s’est illustré dans la politique, et en temps de guerre, le second s’est distingué dans la réligion et l’humanitaire, en temps de paix.

En effet, l’Anglais Sir Winston Churchill s’est révélé au monde durant la seconde guerre mondiale (1939-1945) provoquée par la folie meurtrière d’un certain... Adolph Hitler.

A voir de près l’histoire de cette guerre, on peut affirmer que l’ultime sursaut de défense et de contre-attaque des armées européennes contre l’occupation nazie est sans conteste du à l’optimisme contagieux de Sir Winston Churchill.

Le regretté Premier ministre anglais n’avait jamais douté de l’issue de cette guerre. Pour lui, Adolph Hitler était condamné à la perdre, pour la simple raison que, selon lui, “l’horreur de la guerre ne peut, en aucune façon, avoir raison sur l’honneur de la paix“ ...

Quant à Henri Grouès, plus connu sous le nom d’Abbé Pierre, il a toujours été considéré comme un Messie de l’époque contemporaine, tant ses idées simples et sa modestie ont été consacrées à des causes humanitaires, dont la protection et la défense des pauvres et des opprimés.

L’Abbé Pierre était, comme disait un politicien français, “plus qu’une mère Thérésa au masculin”. A l’issue de maints sondages effectués en France, Henri Grouès a toujours ravi la vedette aux plus illustres personnalités évoluant dans différents domaines, sur le plan de la célébrité.

En conclusion, l’on comprend aisément pourquoi, sans le savoir, Sir Winston Churchill et l’Abbé Pierre ont, durant toute leur vie, partagé en commun ce trait d’esprit qu’ils citaient fréquemment, chaque fois qu’ils devaient parler en public : “La guerre, c’est lorsque des gens qui ne se connaissent pas se massacrent entre eux au profit de gens qui se connaissent.”

“L’homme au cigare”

Dans un de ses ouvrages intitulé “Mémoires“, l’écrivain et politicien français, Paul De Gondi, Cardinal de Retz (1613-1679), mentionnait : “Il y a très loin da la velléité à la volonté, de la volonté à la résolution, de la résolution au choix des moyens, du choix des moyens à l’application.“ Ce passage était particulièrement cher à Winston churchill, en ce sens qu’il résumait les principes de conduite qui ont régi toute sa vie. Car Churchill était l’incarnation même du pragmatisme.

Il y a 42 ans, soit le 10 Février 1965, l’Angleterre lui consacrait des funérailles grandioses. Et le 10 Février 2005, soit au 40e anniversaire de sa mort, la Reine d’Angleterre l’élevait au rang de Héros National à titre posthume.

Pourtant, rien ne prédisposait Churchill à un destin hors du commun. Mauvais élève, garçon râleur, frimeur, noceur, amateur de beuveries et de bonne chair -au sens propre comme au figuré-, il représentait, dans sa jeunesse, un souci permanent pour ses parents. Malgré tout, c’est le Premier ministre le plus charismatique et prestigieux qui ait jamais dirigé l’Angleterre.

Lors de la seconde guerre mondiale, il fut le permier à prédire la défaite de l’Allemagne ; le premier aussi à encouraager la Résistance contre l’oppresseur nazi et à organiser la victoire des Alliés. Et c’est bien grâce à lui que, depuis l’Angleterre, un certain... Général Charles De Gaulle put exhorter les Français à combattre l’ennemi allemand. En effet, c’est depuis Londres que le Général français reçevait des renseignements sur l’évolution de la Résistance, et donnait des directives pour mieux la structurer...

Après la mort de Churchill, aucun de ses objets personnels n’a échappé à la conservation. Au domicile de sa fille cadette, désormais devenu un “musée touristique”, des objets soigneusement entretenus et réligieusement conservés par l’Etat anglais attestent encore de l’immortalité de “l’homme au cigare” : son chapeau, sa canne, sa veste, son noeud papillon, et... ses célèbres cigares.

Témoin et acteur direct de toutes les grandes reformes entreprises après la deuxième guerre mondiale, le nom de Sir Winston Churchill reste comme une encre indélibile sur les pages de l’Histoire.

“L’Abeille et la Pierre”

L’un des plus éminents ésotéristes de la Chine antique disait : “Connaître les autres, c’est Sagesse. Se connaître soi-même, c’est Sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres, c’est Force. Se l’imposer à soi-même, c’est Force supérieure.”

Toute la vie et les actions de Henri Grouès, dit l’Abbé Pierre, étaient règlementées par cette vieille maxime du sage chinois, Lao Tseu. Henri Grouès était l’incarnation même du renoncement et de la compassion naturelle, des sentiments que peu d’humains éprouvent de nos jours.

Admis le 14 Janvier à l’hôpital du Val-de-Grâce (Paris) le plus populaire des Français s’est éteint le 22 Janvier 2007 à 5 h30 du matin, à l’âge de 94 ans, des suites d’une infection pulmonaire. L’abbé Pierre s’en était allé comme il était venu : dans la modestie. Mais il aura laissé, dans le coeur de ses contemporains et pour les générations futures, une précieuse leçon de morale et un héritage inestimable : l’amour du prochain.

Cinquième enfant d’une riche famille de Lyon, le petit franciscain (réligieux de l’Ordre de Saint François d’Assises), fils d’un commerçant de textile, est frappé, dès son jeune âge, par le “virus réligieux”. Lors d’un sondage télévisé, les Français ont fait de lui la personnalité la plus adulée, après De Gaulle et Louis Pasteur.

Dès 1949, l’aspect physique et le maintien vestimentaire de l’Abbé Pierre n’ont plus changé : barbe blanche, béret et soutane noire : tout un symbole ! C’est comme si, après la guerre, il s’était désormmais juré de porter tout le deuil du monde. C’est d’ailleurs à cette date qu’il fonde le Mouvement “Emmaüs International”. Un mouvement caritatif qui, de nos jours, emploie plus de 4 000 personnes en France, et opère dans plus de 40 pays à travers le monde.

C’est en 1954 qu’il sort de l’anonymat, en lançant un cri du coeur en faveur des démunis et des sans-logis. C’est sa fameuse “Insurrection de la Bonté” qui suscita un immense élan de compassion au sein du Parlement français, et fut à l’origine de la création de... 12 000 logements d’urgence.

“Où que l’on soit né, on vient toujours d’ailleurs et l’on ira toujours quelque part“, rappelait sans cesse “l’Apotre de la Paix”. Ce trait d’esprit de l’Abbé Pierre est sous-tendu par la devise d’Emmaüs : “Ensemble, agir, dénoncer“. Toute sa vie durant, il s’est sacrifié pour cette cause : soutenir les déshérités, s’investir pour les pauvres, fustiger l’indifférence et l’injustice des puissants de ce monde. Telle a été la raison de vivre de ce nonagénaire épris d’actions de bienfaisance.

Celui qui ss surnommait avec humour “l’Abeille et la Pierre“, c’est-à-dire la patience et la tenacité, rappelait sans cesse qu’un monde meilleur est possible, pour peu que les hommes le veuillent. Et que si les voies de Dieu sont impénétrables, la justice divine est tout aussi inévitable qu’irréfutable.

Deux hommes, deux époques

Autant le politicien anglais, Winston Churchill, se servait de son pragmatisme pour professer la paix dans une époque de guerre, autant le réligieux français, Henri Grouès, usait de sa modestie pour prôner la compassion dans une époque de paix. Si plus de 40 ans séparent leurs disparitions réciproques, les deux hommes ont étrangement en commun cet amour effréné pour la Paix, et ont usé de toute leur énérgie pour cette cause.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, après leur mort, on retrouva, parmi les notes personelles de chacun d’eux, ce dramatique passage de l’oeuvre de l’écrivain français, Alfred De Vigny (1797-1863) intitulé... “La mort du loup“ : “... A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse, seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse. Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu t’appeler. Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler“.

Oumar DIAWARA

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