lundi 26 novembre 2007

Circulation routière : Quand les chauffeurs voient rouge

Transport
Circulation routière : Quand les chauffeurs voient rouge
L'Aube, 26/11/2007 E-mail Imprimer

L’acquisition du permis de conduire, sa validité : voilà deux sujets qui fâchent depuis quelques temps les chauffeurs des transports en commun. Du côté des responsables du transport, l’on estime que seule l’application du code de la route dérange les chauffeurs.

Les tracasseries pour la délivrance du permis et ses dates de validité sont des sujets qui fâchent aujourd’hui les chauffeurs du Mali, surtout les plus anciens. Le syndicat national des chauffeurs a pris le sujet à son compte et a revendiqué, lors de sa récente grève, l’amélioration des conditions d’acquisition du permis de conduire et la révision de sa date de validité.

Pour Moussa Keïta du comité syndical des chauffeurs de la ligne de Lafiabougou, l’Etat est tout simplement en train d’appliquer des dispositions communautaires qui relèvent de la Cedeao. « Nous ne pouvons pas accepter que les textes de la Cedeao dans le domaine du transport s’appliquent uniquement aux chauffeurs du Mali… », martela un autre membre du comité syndical qui précise que tous les autres pays de la Cedeao n’ont pas encore appliqué les dispositions communautaires par rapport au permis de conduire. « Nous savons qu’au Sénégal et au Burkina, le permis a une validité de 5 ans contre 10 en Guinée. Alors pourquoi, les autorités maliennes veulent nous imposer un renouvellement annuel pour les chauffeurs de plus de 55 ans ? », s’interroge Moussa Keïta.

Qu’en est-il de ces accusations ? Nous avons rencontré le chef de division de la production des documents de transport, Seydou Traoré qui balaie d’un revers de la main les accusations des chauffeurs en nous renvoyant au code de la route. « C’est notre code de la route qui exige le renouvellement annuel du permis pour les chauffeurs de plus 55 ans… », lance-t-il. Le responsable de la direction nationale des transports évoque l’arrêté 001358/SG de 2000 fixant les conditions de délivrance du permis de conduire et le décret 99-134 fixant les conditions de l’usage des voies ouvertes à la circulation, qui, dans son article 90, se prononce sur la validité des permis de conduire. Ainsi, selon le code de la route du Mali, les permis de catégorie C et D sont renouvelables tous les 5 ans pour les conducteurs de moins de 40 ans ; tous les 3 ans pour ceux d’au moins 45 ans et au plus 55 ; et tous les ans pour les conducteurs de plus de 55 ans.

C’est ce dernier point qui provoque l’ire des anciens chauffeurs qui estiment d’ailleurs que cette situation n’est pas étrangère à la multiplication des accidents de circulation. Le vieux Bourama Traoré ne pourra retenir ses larmes en faisant la comparaison entre les chauffeurs de sa génération et ceux de la génération actuelle. « J’ai conduit pendant plus de 50 ans avec des chauffeurs de la présidence, de la Cmdt et des ambassades dans plusieurs missions sans le moindre accident », affirme Bourama Traoré qui pense que les textes actuels sur le permis de conduire sont à la base des nombreux accidents. « On donne les permis n’importe comment à des frères, à des cousins, qui n’ont aucune maîtrise dans la conduite des véhicules. Ils sont les auteurs des accidents que nous vivons au quotidien », précise-t-il.

Suite à la grève récente des chauffeurs, le gouvernement aurait pris des mesures concernant le renouvellement annuel du permis qui serait passé à deux ans. Les chauffeurs approuvent la mesure, mais veulent du gouvernement plus d’efforts en faisant passer la date de validité de tous les permis entre 5 à 10 ans, comme c’est le cas dans les autres pays de la sous région. Si le vieux chauffeur s’insurge contre la validité du permis pour les conducteurs de plus de 55 ans, tous les chauffeurs dénoncent les tracasseries dans la délivrance du permis. Moussa Keïta explique que le pire est à ce niveau.

« La délivrance d’un permis de conduire peut te prendre banalement six mois pour un délai normal de 15 jours maximum. Ce n’est pas normal à l’heure de l’informatique où en un seul jour on peut délivrer le permis », a martelé le syndicaliste qui estime que l’administration trouve toujours le moyen de faire tourner en rond le propriétaire du permis. « Cela est un vieux souvenir », a rétorqué Seydou Traoré qui précise qu’aujourd’hui le permis est délivré en une semaine et au maximum 15 jours. S’agissant des tarifs, le poids lourd revient à 51 000 F cfa pour les futurs chauffeurs. Pour le transport en commun, le prix varie entre 51 000 F cfa et 60 000 F cfa ; 16 000 F cfa pour le renouvellement. Certains chauffeurs estiment que ces tarifs peuvent souvent prendre l’ascenseur en fonction de la durée du temps de délivrance du permis ; d’où le mécontentement général des chauffeurs quant au temps de délivrance des permis ainsi qu’à sa date de validité.

Idrissa Maïga

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