vendredi 28 septembre 2007

Cher Assadeck, cher(e)s toutes et tous,



Avant toute chose, merci pour cette brillante analyse. J’aimerais à mon tour apporter quelques toutes petites réflexions sur le sujet. J’ai personnellement quelques points que je souhaiterais aborder autour de ce sujet qui nous (pré) occupe tous. Il y a bien des réalités dont on ne peut échapper, dont on ne doit s’échapper quelque soit nos appartenances et nos convictions. Ce sujet est bien une de ces réalités.





Ce n’est pas sans raison, que j’ai préféré mentionné le terme « sujet » plutôt que celui du « problème du nord » ou du « problème touareg » par « le sujet » ; et ceci pour la simple raison que je ne sais plus de quoi en parle. Je ne me retrouve plus lorsque je lis la presse, nos échanges sur le forum, les débats, etc.



Comment en sommes-nous arrivés à donner de multiples appellations à un seul et même problème ? Tantôt, il s’agit du « problème du nord », tantôt c’est « le problème touareg ».



Il en va bien entendu de même pour les « acteurs » de ce « sujet », tantôt ce sont des « bandits (armés) », tantôt des « terroristes », tantôt des « rebelles », etc.



Parlons-nous tous de la même chose avec un langage différent ? Bien entendu ! Cela va de soi ! Donc il n’y a pas de souci….pourrait-on dire ! Il ne s’agit que d’une question de langage et de mots…là n’est pas le véritable problème !!! Justement peut-être bien que non... les mots ont un poids…significatif et peuvent souvent mal poser le problème.



Personnellement, je pense que le problème dont nous parlons a été mal posé, par les autorités, par la presse, etc. et cela peut être dangereux au niveau de l’opinion publique et avoir des conséquences néfastes, quand un problème est mal posé la confusion est très rapide dans les esprits. Encore une fois le poids des mots…



à il ne s’agit pas d’un « problème du Nord » (référence géographique du problème), pour la simple raison que le Nord du Mali est constitué de 3 régions administratives et que le problème actuel dont il est question ne concerne qu’une seule région, celle de Kidal. Les régions de Tombouctou et de Gao ne font pas partie du problème actuel, en tout cas elles n’en sont pas actrices et manifestent même officiellement leur désaccord par rapport à ce qui se passe actuellement à Kidal. En 1991, il s’agissait effectivement d’un problème du Nord mais pas cette fois-ci.



à il ne s’agit pas non plus d’un « problème touareg » (référence ethnique du problème), pour la simple raison que la très grande majorité des touareg de tous bords et de toutes tribus et clans, y compris les notables des communautés touareg, ont clairement fait savoir qu’elles n’approuvaient aucunement ce qui s’est passé et se passent à Kidal.



Peut-être s’agit du problème de Kidal mais je ne crois pas qu’une poignée de personnes non reconnues et sans aucune légitimité (sauf bien entendu celle que leur ont accordé les autorités à travers la signature de l’accord d’Alger) au sein même de leur région et partout ailleurs puissent légitimement parler (ou plutôt devrais-je dire « enlevé et tuer des honnêtes citoyens maliens» !!!) au nom de toute une région. Non, je ne crois pas qu’il s’agisse du problème de Kidal !



à Par ailleurs, qui sont ces gens ? Des rebelles ? Des bandits ? Des terroristes ? Je crois qu’objectivement ce ne sont ni plus, ni moins que des bandits (malfaiteurs, hors la loi et dangereux au départ et encore aujourd’hui) qui ont eu un moment un statut de rebelles (au moment des accords d’Alger) et qui ont toujours utilisé des méthodes terroristes (actions violentes dont le retentissement psychologique entre autre dépasse largement le cercle des victimes directes pour inclure le groupe qu’ils disent représenter !) !



Personnellement, je pense qu’il ne s’agit ni d’un « problème du Nord », ni d’un « problème touareg ».



Nous faisons tout simplement face à des « bandits qui sévissent dans la région de Kidal » qu profitent de la confusion (que nous créons nous-mêmes !) et des liens simplistes qu’on fait d’une part entre eux et leur région et leur communauté d’origine et d’autre part entre leurs actions de banditisme et la rébellion des années 1990 pour acquérir une certaine légitimité.



Un problème sans solution est un problème mal posé ! Et je pense que ce problème des bandits qui sévissent dans la région de Kidal est confondu avec le problème du Nord qui doit, en effet, comme l’a dit Assadeck et d’autres sur ce forum, traiter pour que nous ne revivions plus jamais ce qui s’est passé dans les années 1990. Mais je ne suis pas d’avis qu’il faille traiter le problème actuel sous le grand chapeau du problème du Nord. Alors on pourrait se demander comment il faut traiter le problème actuel auquel nous faisons face à Kidal ? La réponse est simple, je crois : comment traite-t-on le problème de banditisme armé dans les autres villes du Mali ? Des rebellions complexes se traitent à coup d’accords et de dialogue mais je n’ai jamais vu un problème de banditisme se résoudre en s’asseyant autour d’une table et en discutant avec les bandits. Soyons sérieux, un instant !



Dès le premier jour où j’ai appris que l’Etat avait signé des accords à Alger avec la « bande à Bahanga » j’avais compris que nous avions opté de confondre deux problèmes tout à fait différents et que nous étions entrain de donner une légitimité politique et internationale à des individus qui n’en avaient aucune auprès de qui que ce soit, à commencer par leur propre communauté et leur propre région. A Alger, on a semé le vent avec ce groupe, de retour à Kidal Ils nous font aujourd’hui récolter la tempête… C’est presque dans l’ordre naturel des choses…



Si je ne me trompe (si c’est le cas, merci de me faire signe !), il me semble que le Pacte National est toujours en vigueur et que la très grande majorité des signataires est toujours « à bord ». Si la réponse est oui, il y a quelque chose que je ne comprends décidément pas !!! Quelle est la valeur d’un accord qui sort du cadre du pacte national ? Combien d’accords et de pactes allons-nous superposer les uns sur les autres ? Devra-t-on signer un accord chaque fois que des individus jugeront utiles de s’armer et de s’adonner à du banditisme ? Il ne s’agit plus ici uniquement de la question du problème des bandits de Kidal mais de celle de la responsabilité de l’Etat dans : 1) le choix de ces actions et 2) la façon dont elle pose le problème.



En ce qui concerne le second point, « la façon dont on pose le problème », l’Etat n’est pas le seul responsable, nous le sommes tous. Et dans tout ce que j’ai lu jusqu’ici sur le forum, dans la presse, etc. sur ce sujet, je n’ai réellement retenu que trois mots qui avaient plus de poids que tout ce qui a pu être écrit et dit jusqu’ici et qui à mon avis doivent être le fil conducteur de toutes nos pensées et de toutes nos actions : « Un Peuple- Un But- Une Foi ».



Frateramicalement,



Elmehdi Ag Muphtah

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